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- Les châtaignes, délices de novembre Novembro 03


Novembro 03
Les châtaignes, délices de novembre

L’enfance est une période nostalgique de la vie dont l’une des meilleures définitions est, sans aucun doute, celle qu’en a ciselé Jean Maillard, Vicomte de La Varende (1887-1939) dans “Le Centaure de Dieu”, à savoir : “les jours d’enfant ne sont plus des heures précises : ils se confondent, se mélangent ; il n’en reste en nous que des tâches brillantes ou sombres, qui reprennent forme soudain, par hasard, au gré d’un parfum, d’une lumière ou d’un chant. (…) L’enfance est un voyage oublié”.
Au gré d’un parfum, en effet… De ma jeunesse passée à Lisbonne et du mois de novembre en particulier, le septuagénaire que je suis n’a pas oublié et n’oubliera jamais l’odeur des châtaignes grillées, vendues dans les rues de la capitale portugaise aux sept collines et fournies dans une feuille de papier journal.
Les meilleures choses de la vie sont les plus simples et nul gastronome n’ignore que tel est fréquemment le cas en            cuisine.
Tout comme “castanha”, le mot “châtaigne” vient du latin “castanea”. C’est le fruit du châtaignier (arbre utilisé pour faire des charpentes ou des tonneaux), formé d’une masse farineuse, enveloppé d’une écorce lisse de couleur brun rougeâtre et enfermé dans une capsule verte hérissée de piquants.


“Boire l’allégresse
Avec une amie
Est de Mahomet la félicité ;
Mais sur la montagne
Manger des châtaignes
Vaut mieux que l’amour sans liberté”

Lit-on dans “Les Îles d’or” de Frédéric Mistral (1830-1914), Prix Nobel de Littérature en 1904, qui s’est voué à l’exaltation de la race occitane.
La sagesse populaire qui est grande, a traité de ce fruit dans maints proverbes :

- Avec ironie : “Noix, filles et châtaignes, leur robe cache le mauvais”.
- Avec expérience : “Qui boute au feu des châtaignes sans compter, en cherche plus qu’il n’en a mis”.
- Avec cynisme : “Fiez-vous aux châtaignes chaudes, elles vous claqueront dans la main” (Provence).
- Avec malice : “Le Bon Dieu donne des châtaignes à qui ne sait les éplucher” (Béarn).

Au gré d’un parfum… Au gré aussi de la saveur de ce délicieux fruit dont la chair farineuse est unique et que l’on consomme chaud alors que l’hiver commence à sévir. En cette époque où, hélas ! les commerçants se préoccupent plus de l’aspect et de la dimension des fruits et non de leur saveur, la châtaigne est une exception notoire qui mérite attention. Elle est aussi un appel à un petit verre de “jeropiga”…
Comme l’a écrit André Gide (1869-1941) dans “Les nourritures terrestres” : “L’image de la vie, ah! Nathanaël, est pour moi : un fruit plein de saveur sur les lèvres pleines de désir”.
Saudades…

François Baradez